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Discours du Représentant Résident
de la Banque Mondiale

- Excellence Monsieur le Président de la République,
- Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
- Mesdames, Messieurs les Présidents de Hautes Institutionsde la République,
- Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
- Mesdames, Messieurs les chefs des missions diplomatiqueset consulaires,
- Mesdames, Messieurs les représentants des organisations internationales,
- Honorables invités et participants.

Vous ne m’en voulez pas, j’en suis sûr, de commencer par une citation du Président de la Banque Mondiale, Mr Wolfensohn, qui écrivait dans un article récent, ce qui suit :

“Le développement n’est pas simplement une question de remèdes de technocrates. Le développement c’est une affaire de macro-économie, bien sûr, mais c’est aussi construire des routes, donner aux gens le pouvoir d’agir, rédiger des lois, reconnaître aux femmes leurs justes places, éliminer la corruption, instruire les filles, développer le système bancaire, protéger l’environnement et vacciner les enfants. Le Développement, c’est mettre en place toutes les pièces, en même temps et dans l’harmonie”.

Voilà résumée en quelques mots, l’approche qui sous-tend le nouveau partenariat pour le développement que propose la Banque mondiale. Vous aurez noté, sans doute, que l’élimination de la corruption figure en bonne place parmi les pièces maîtresses de cette approche. Pourquoi ?

Parce que la mission de la Banque mondiale est d’aider les gens

ordinaires, en particulier les pauvres et que notre expérience, à travers le monde, nous a appris que ce sont précisément les pauvres qui paient le prix de la corruption.

Nous nous sommes, aussi, rendus compte que la corruption viole la confiance du public et ronge le tissu social. Une petite enveloppe glissée à un fonctionnaire en échange d’un service rendu peut sembler une peccadille, mais l’enjeu est autrement plus important. En effet , la corruption peut avoir des effets d’une portée considérable. Elle peut, si elle n’est pas combattue, saper lentement, mais sûrement, la légitimité du pouvoir politique et détruire le contrat social sur lequel est fondé la relation entre gouvernants et gouvernés.

Sur le plan économique, de nombreuses études ont fait ressortir une corrélation négative, très nette, entre le degré de corruption, tel que perçu par les entreprises, et la croissance de l’investissement et de l’économie et, donc, la génération d’emplois.

La corruption peut même tuer ! c’est le cas par exemple, lorsque des médicaments, ou des aliments, frelatés sont mis sur le marché en violation des règles les plus élémentaires d’hygiène et de santé. C’est aussi le cas, lorsque des engrais nocifs sont fournis aux paysans, sans égards aux risques qu’on fait courir à la fertilité des sols et à la santé des populations.

Entendons-nous bien : Nous sommes loin de considérer la corruption comme un phénomène propre aux pays en voie de développement. Elle ne date pas d’hier et n’est pas l’apanage exclusif d’une seule région du globe.

Peut-on éliminer la corruption ? Certes non ! Il est possible, en revanche, de prévenir la corruption ou de la faire reculer. Plusieurs pays l’ont fait. Ils y sontparvenus progressivement, en mettant en œuvre, énergiquement, des programmes adéquats de moralisation publique et de renforcement institutionnel.

Aux cours des dernières années, la Banque mondiale s’est engagée dans une campagne, sans précédent, pour lutter contre la corruption, aussi bien en ce qui concerne ses propres opérations, qu’au niveau de ses états-membres.

Nous avons commencé, d’abord, par balayer devant notre porte. C’est ainsi que nous nous sommes employés à renforcer nos mécanismes de contrôles pour garantir la bonne utilisation des fonds que nous mettons à la disposition de nos emprunteurs. Il ne s’agit pas d’une mince affaire, quand on sait que la Banque mondiale prête, chaque année, plus de 27 milliards de Dollars. Nous avons, aussi, ouvert une ligne téléphonique spéciale “ Hot Line ” pour recueillir du grand public toutes informations relatives à des actes de corruption, commis dans le cadre des projets que nous finançons. Cette volonté de combattre la corruption, au sein de notre Institution, s’est aussi traduite par l’ouverture de procédures disciplinaires et, même judiciaires, à l’encontre d’un certain nombre de fonctionnaires de la Banque soupçonnés de s’être rendus coupables, ou complices, d’actes de corruption. C’est ainsi, enfin, que nous n’avons pas hésité à interdire à des entreprises internationales de participer aux appels d’offres, au titre de projets que nous finançons, lorsqu’il s’est avéré qu’elles ont sollicité, ou obtenu, des avantages indus dans le cadre de l’attribution d’un marché .

Par ailleurs, la Banque s’est employée, au cours des dernières années, à intégrer la dimension – lutte contre la corruption – dans la conception et l’exécution des stratégies d’assistance qu’elle défini pour chaque pays emprunteur.

Enfin, la Banque a apporté son assistance à plus de trente pays, à travers le monde, pour appuyer leurs efforts visant à combattre la corruption, soit dans le cadre des projets qu’elle finance, soit pour l’exécution de programmes spécifiques. C’est le cas, en particulier, du Bénin auquel nous avons fourni notre assistance pour le renforcement de ses capacités en matière de lutte contre la corruption.

Sur la base de notre expérience, dans les nombreux pays où nous intervenons, il nous a été donné d’apprendre que, pour réussir, tout programme de lutte contre la corruption doit s’articuler autour de deux objectifs fondamentaux, à savoir : réduire les possibilités de corruption, et renforcer les mécanismes de surveillance et de sanction.

Pour réduire les possibilités de corruption, il est nécessaire, d’abord, de mettre en place une administration efficace, régie par des règles précises, simples et transparentes et soumise à des contrôles crédibles, pour éviter l’utilisation arbitraire des ressources publiques et limiter les pouvoirs discrétionnaires des agents de l’Etat.

Il y a lieu, ensuite, d’ouvrir l’économie à la concurrence, à travers l’assouplissement des restrictions liées au commerce extérieur, et la suppression des obstacles à l’accès au marché intérieur.

Il est enfin, impératif de mobiliser le public dans la lutte contre la corruption, en impliquant toutes les composantes de la société civile que sont la presse, les médias, les syndicats, les partis politiques, les autorités religieuses, les ONG etc…

Au chapitre du renforcement des organismes de surveillance et de sanction, plusieurs approches ont été suivies, avec plus ou moins de succès.

Plusieurs pays ont choisi d’inscrire leur action dans le cadre de l’appareil administratif et judiciaire existant, qu’ils se sont employés à renforcer pour remplir les missions qui lui sont dévolues en matière de contrôle et de sanction. Certains pays ont mis en place des organes d’exception, chargés d’enquêter sur les accusations de corruption et de saisir, le cas échéant, l’appareil judiciaire. L’exemple le plus célèbre est celui de la Commission Indépendante contre la Corruption à Hong Kong. Des institutions similaires existent à Singapour et au Botswana.

D’autres pays, tels que l’Afrique du Sud, ont mis en place des

mécanismes de médiation de type “ Ombudsman ” chargés de recueillir les plaintes des citoyens et d’investir auprès de l’administration pour remédier aux déficiences relevées.

Dans le cas du Bénin, votre gouvernement, Monsieur le Président, ayant fait de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille, a mis en place, en décembre 1996, la Cellule de Moralisation de la Vie Publique, placée sous votre Haute Autorité.

Cette structure est chargée, au terme du décret en portant

création, “ d’éduquer les citoyens, de prévenir et détecter les phénomènes de corruption et de lutter énergiquement contre toutes les manifestations de la corruption au sens large ”.

Au cours de ses deux années d’existence, la Cellule de Moralisation de la Vie Publique s’est attelée, avec l’assistance de partenaires au développement, dont la Banque Mondiale, à remplir sa lourde mission de lutte contre la corruption à tous les niveaux.

Deux ans, c’est certes très peu pour juger de l’efficacité à long terme de l’option choisie par le Gouvernement. C’est, en revanche, suffisant pour évaluer les résultats atteints, en vue de procéder aux réaménagements nécessaires pour atteindre les objectifs poursuivis. C’est là, précisément, l’objet du présent atelier, qui rassemble d’éminents représentants des hautes institutions de l’Etat, de l’Administration, et de la société civile. Il vous appartient, Mesdames, Messieurs les participants, d’examiner, avec un esprit ouvert et constructif, et sur la base des expériences ayant réussi dans d’autres pays, les attributions, le fonctionnement et les réalisations de la Cellule de Moralisation de la Vie Publique, pour en dégager les faiblesses, autant que les points forts, et faire des recommandations et des propositions précises, de nature à améliorer encore davantage la portée des efforts du Gouvernement en matière de lutte contre la corruption.

A l’aube du troisième millénaire, il y va de l’avenir des femmes, et des hommes du Bénin.

Je vous souhaite plein succès dans vos travaux et vous remercie pour votre attention.


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